Lofofora : le cri du rock libre à Canteleu

Icône incontournable du rock engagé à la française, le groupe Lofofora investira la scène cantilienne le 9 octobre prochain. Une belle occasion pour échanger avec son charismatique chanteur, Reuno

Le Cantilien : Lofofora fête ses 36 ans d’existence. Quel regard portes-tu sur cette longévité dans le pays musical ?

Reuno : A chaque disque que l’on fait, on arrive à s’étonner : l’envie est intacte, le public est toujours là, et ça reste flatteur. Je garde une vision candide de ce qu’on vit, sans lassitude.

Monter un groupe, c’est quelque chose que tu rêvais de faire quand tu étais adolescent ?

Je n’imaginais même pas monter un groupe. Mon premier métier, c’était la radio ; à l’époque des radios libres, jusqu’aux débuts de Lofofora. C’est Phil, notre bassiste, qui m’a proposé de monter un groupe, sinon je ne l’aurais peut-être jamais fait de moi-même. Mais la musique a toujours été ma passion. Je suis un boulimique de musique, je découvre sans cesse de nouveaux artistes. C’est un besoin.

As-tu un « artiste inavouable » dans ta playlist ?

J’adore le groupe Chic, le bon vieux groupe de funk/disco des années 70. J’adore aussi Dionne Warwick, les chansons un peu « sirop » mais tellement bien écrites, tellement bien arrangées. On est complètement à l’opposé du « vinaigre » de Lofofora.

Quels ont les moments charnières de l’histoire du groupe ?

L’arrivée de Daniel (guitariste) et Vincent (batteur), qui ont vraiment façonné l’identité de Lofofora. Notre groupe, c’est comme un vaisseau spatial qu’on pilote ensemble depuis 35 ans. Mais aussi, cette première partie d’Iggy Pop qu’on faisait alors qu’on n’avait que cinq titres : une expérience complètement folle ; une intronisation ! Et puis toutes les rencontres qui, au fil du temps, t’ancrent et te donnent ta légitimité dans ce milieu.

Pourquoi le nom Lofofora ?

On voulait un nom à contre-courant, différent des groupes alternatifs de l’époque qui commençaient souvent par « les », et sans sonorité anglaise. En réfléchissant, on a trouvé « Lofofora », une référence au cactus hallucinogène Lophophora williamsii, utilisé par certaines tribus pour se connecter à leur animal totem. On aimait le côté tribal, instinctif, en lien avec quelque chose de plus grand. Mais comme souvent, le nom d’un groupe, c’est surtout une histoire de feeling entre copains.

A l’heure où pleins d’artistes français chantent en anglais, pourquoi chanter en français ?

Tout simplement par envie de provoquer une réaction immédiate chez le public.

Quels sont les artistes qui nourrissent ton inspiration ?

Ozzy Osbourne de Black Sabbath, la rappeuse française, Changeline, Train Fantômes. Dans notre panthéon, il y a les grands noms du Punk Hardcore américains Sick of it All, Dead Kennedys, Black Flag… On est tous des boulimiques de musique avec des genres différents. Daniel va écouter de la musique chilienne traditionnelle, moi, de la soul, Vincent, des genres ténébreux, des pianos-voix, des groupes d’Europe du Nord un peu chelous. Et puis, il y a Phil avec ses groupes de musique de pub irlandais (rire).

La parole engagée est une marque de fabrique de Lofofora. Est-ce une responsabilité que le groupe ressent plus fortement avec le temps ?

Pour moi, l’engagement va de pair avec cette musique. En tant que parent d’élève, client de la boulangerie ou autres, quand on me demande ce que je fais, je dis que je fais du « rock fâché », parce que si je dis « métal », les gens m’imaginent en train de bouffer des chauves-souris. Mais par exemple, la scène anglaise n’a jamais été aussi foisonnante que depuis le Brexit. Du hip hop, au punk rock, en passant par le rock indé ou de garage, leur scène est explosive. La musique qui fait trop de bruit, c’est de la musique qui veut surmonter le bruit du monde qui nous assourdit ou qui répond à certains silences insupportables. Et aujourd’hui, les raisons de s’indigner ne manquent pas. Ce qu’on cherche, au fond, c’est plus d’humanité.

Est-ce plus difficile de porter un message engagé, à une époque où tout le monde s’exprime librement sur les réseaux ?

On n’a jamais pris le pli de montrer la voie ou de dicter une manière de penser. Ce qu’on cherche, c’est à questionner, à éveiller des réflexions. Chacun doit agir et penser selon sa propre sensibilité. L’échange et la construction d’une pensée personnelle restent essentiels.

Quels sont les projets futurs du groupe ?

On s’est déjà organisés des plages de compositions pour faire des nouvelles choses. J’ai envie de faire un truc un peu différent, mais je ne sais pas encore et surtout, je n’en ai pas encore parlé aux copains. Donc, je ne dis plus rien ! (rire)

Qu’est-ce qui vous a donné envie de jouer sur une scène comme celle de Canteleu ?

Alors que certains artistes rêvent de jouer dans des Zénith, ce qu’on kiffe, c’est le côté bonne franquette ! On fait des petits festivals ou des petits villages… et qu’est-ce qu’on est bien là ! Ça fait plaisir d’arriver dans un endroit et de voir tout le monde avec une banane jusqu’aux oreilles.

Si tu devais donner un mot pour définir Lofofora, que dirais-tu ?

Enthousiasme… C’’est ce qui fait que le groupe perdure.  Si on me demandait ce que je ferais s’il me restait six mois à vivre, je répondrais sans hésiter : exactement ça. Je suis bien dans ma vie, dans le groupe, avec les copains.

Crédit photos : Philippe Prévost

Votre navigateur est dépassé !

Mettez à jour votre navigateur pour voir ce site internet correctement. Mettre à jour mon navigateur

×