Publié en juillet dernier, Mon amie Nadia, est le roman de la Cantilienne, Maria Erhard, illustré par Jean-Pierre Vardès, également Cantilien.
Pourquoi ce thème du choc des cultures ?
Parce que j’en ai fait l’expérience. En arrivant en Algérie après avoir vécu quelque temps aux États-Unis, j’ai ressenti moi-même ce décalage. Comme Grace, j’ai eu du mal à m’adapter. Dans ma fiction, j’ai amplifié ce sentiment, mais sans juger. Ce roman exalte aussi la beauté des paysages, l’hospitalité et la gentillesse des habitants.
Votre parcours est cosmopolite : Varsovie, Los Angeles, Alger, Tunis, la France...
Oui, j’ai connu plusieurs mondes. Passer de la Pologne communiste à Hollywood, puis à Alger, c’était un vrai tourbillon culturel ! Cette diversité nourrit ma vision et mon écriture.
Vous êtes traductrice, dramaturge, guide-conférencière, comédienne, romancière… Quelle est votre passion première ?
’hésite entre le théâtre et l’écriture…, mais l’écriture théâtrale reste mon domaine de prédilection.
Qui est Nadia ?
Nadia n’est pas un personnage totalement fictif. Je me suis inspirée de l’histoire vécue par une amie algérienne dont la famille s’opposait à sa relation amoureuse avec un coopérant italien. Elle a été enlevée et séquestrée par les siens.
Qui narre l’histoire dans votre roman ?
Grace, l’Américaine, raconte l’évasion rocambolesque de sa jeune collègue de travail, devenue son amie. Le couple franco-américain, Grace et son mari, l’aide à sortir clandestinement du pays. Ils traversent ensemble l’Algérie, puis la Tunisie d’où Nadia tentera de rejoindre son bien-aimé, obligé de repartir en Italie. Parfois, quand il n’y a pas d’autre solution, il faut oser franchir les lignes. Le trio de voyageurs intrépides, et parfois inconscients, va connaître une avalanche de péripéties sur leur chemin, des aventures parfois dramatiques, mais traversées d’auto-dérision et de tendresse.
Comment est né ce livre ?
Tout est parti de lettres écrites à des amis à l’époque où je vivais à Alger, puis à Tunis. Ils m’ont encouragée à en faire un roman. J’ai longtemps laissé de côté ce texte avant de le reprendre une quinzaine d’années plus tard. Trouver un éditeur n’a pas été simple, mais après la publication de ma pièce de théâtre chez L’Harmattan, j’ai pu finaliser Mon amie Nadia. Je tenais à l’illustrer, et mon ami Jean-Pierre Vardès a eu la gentillesse de réaliser les aquarelles.
Quel ton domine dans ce roman?
Un mélange de drame, de suspense et d’aventure, le tout relevé de pointes d’humour. Si je devais le résumer : c’est une sorte de road trip.
Votre pièce de théâtre Ex-îlés aborde un autre voyage…
Oui, elle traite des migrants quittant l’Afrique du Nord sur des embarcations de fortune. J’aimerais qu’une troupe de théâtre monte cette pièce qui demande beaucoup de moyens et de jeunes comédiens dont manque cruellement le Théâtre d’Épicure (ndlr : association cantilienne de théâtre).
Vous co-dirigez le Théâtre d’Epicure . Quelle en est sa philosophie ?
Faire plaisir en se faisant plaisir. Nous jouons pour partager l’amour du théâtre, pas pour la gloire. Si, à l’issue de la représentation, les spectateurs sortent le visage rayonnant de joie, notre mission est accomplie. Par ailleurs, nous cherchons actuellement un comédien et un régisseur/régisseuse.
N’hésitez pas à contacter l’association.
Ecrire pour la scène est différent d’un roman ?
Totalement. Le théâtre exige l’essentiel : une intrigue claire, concise, des dialogues précis, incisifs. On ne peut pas se disperser. Le roman, lui, permet les descriptions détaillées, les pauses, les digressions. Le théâtre, c’est plus “musclé” ; il doit aller droit au but.
Et quelle forme d’écriture préférez-vous ?
L’écriture théâtrale, car c’est vivant, immédiat. J’aime par-dessus tout le contact direct avec le public, l’énergie de la scène.
Vous parlez plusieurs langues : polonais, français, anglais, russe, espagnol… Quelle place tient la langue dans votre vie ?
Centrale. J’ai failli devenir linguiste ! La langue, c’est mon outil de travail en tant que traductrice et mon moyen d’expression en tant qu’auteure. Le français est ma langue de cœur, celle que j’ai choisie.
Est-ce facile d’écrire en français ?
C’est en tout cas la langue dans laquelle je me sens le plus à l’aise, le plus libre. Ma langue maternelle est le polonais, mais le français est celle de mes émotions.
Et vous pensez en quelle langue ?
Ca dépend des jours. Et des moments ! (rire) Mais pas en anglais, ça, c’est sûr.
Si votre carrière était une image, quelle serait-elle?
Baroque. J’aime l’opulence, la richesse, la variété des formes. Mon mémoire de maîtrise portait d’ailleurs sur le théâtre baroque.
Quel conseil donneriez-vous à ceux qui rêvent d’écrire ?
Lire, beaucoup. Travailler, sans relâche. Ne pas espérer en vivre, mais écrire par passion. Quand on aime écrire, on persévère, on n’abandonne jamais.
Infos :
Mon amie Nadia, Maria Erhard – Aux éditions Les impliqués – 21€ – Contact de la compagnie du Théâtre d’Épicure : epicure.theatre@gmx.fr
ZOOM : Jean-Pierre Vardès
Jean-Pierre Vardès, artiste cantilien, signe les aquarelles du roman Mon amie Nadia. « Pour illustrer le roman, nous avons travaillé main dans la main », raconte Maria. « Je lui ai suggéré les passages que j’aimerais voir prendre vie en images ».
Fidèle à sa démarche créative, Jean-Pierre a ensuite exploré les paysages via divers supports. « Il a également puisé dans les photos que je lui avais fournies, puis a laissé libre cours à son imagination ».
Très actif dans les associations locales, Jean-Pierre ne se limite pas au dessin et à la peinture ; il excelle
également dans la musique (chant et instrument) et la lecture à voix haute. « C’est un homme aux multiples talents », conclut Maria avec admiration.