Au collège Le Cèdre, 25 élèves ont décidé de faire entendre leur voix. Ambassadeurs du Programme de Lutte contre le Harcèlement Scolaire (PHARE), ils se mobilisent avec une création qui leur ressemble : une chanson écrite collectivement. À travers leurs mots et un slogan « Un sourire pour dire non au harcèlement », ils veulent rappeler une chose essentielle : écouter, tendre la main et ne plus laisser le silence gagner.
Le projet d’écrire une chanson est né progressivement. Au départ, les ambassadeurs souhaitaient écrire des poèmes. Mais après avoir visionné plusieurs vidéos de sensibilisation contre le harcèlement scolaire, l’idée d’une chanson s’est imposée naturellement. « Nous avons commencé par écrire des morceaux de chanson par groupe de 3 puis », expliquent Louise et Eloanne, élèves ambassadrices.
L’atelier s’est déroulé sur 3 heures consacrées à la réflexion, à la création et à l’assemblage. « On a mis tous les textes les uns après les autres et ça a super bien fonctionné », précise la principale adjointe Marie-Thérèse Michaud.
L’équipe pédagogique a fait appel à l’intelligence artificielle afin de générer la musique. « Au total, il y a eu une quinzaine de propositions dont une qui collait parfaitement à notre projet », ajoute Marie-Thérèse Michaud. « L’IA a créé la musique mais monsieur Bousseta, notre professeur de musique, va reprendre les rushs et les retravailler avec les enfants. »
Le style musical mélange ainsi plusieurs influences afin de parler au plus grand nombre : les strophes prennent la forme de slam ou de rap tandis que les refrains s’inspirent du R’n’B.
Mettre des mots sur les émotions
Pour écrire les paroles, les élèves ont alors essayé de se projeter dans différentes situations.
« On s’est mis à la place de la personne harcelée ainsi que dans la peau du harceleur pour exprimer au mieux toutes les émotions possibles », commente Marie, ambassadrice.
Un exercice pas toujours simple, mais nécessaire pour traduire au plus juste les émotions. « Puis, les paroles sont venues au feeling », renchérit Louise, ambassadrice.
Les textes prennent alors une dimension très forte. Les phrases frappent par leur sincérité et rappellent la violence que peuvent représenter les humiliations répétées.
Dans la chanson, un mot revient souvent : sourire ; un mot simple, mais chargé de sens.
« Parfois, les personnes harcelées sourient alors qu’au fond ça ne va pas », confie Lucie, ambassadrice. De cette réflexion est né le message porté par la chanson et par les élèves engagés dans le programme : « Un sourire pour dire non au harcèlement. »
Être ambassadeur PHARE : un rôle de relais
Les ambassadeurs ne sont pas là pour résoudre les situations. Leur rôle est avant tout d’être un relais vers les adultes. « Notre but est de protéger et d’aller en parler à un adulte. On est un maillon de la chaîne de l’entraide », révèle Louane, ambassadrice.
« Être ambassadeur, ce n’est pas être le chef. On ne peut pas se comporter au-dessus de tout le monde et décider de tout. » Alors, même si les élèves viennent se confier à eux, les ambassadeurs ne connaissent pas toujours la suite donnée aux situations signalées. « On dénonce le harceleur, on amène la victime au CPE ou à un autre adulte qui peut régler le problème, et ensuite on ne sait pas ce que devient la victime et le harceleur », raconte Warren, ambassadeur.
« Nous restons très discrets sur ce qui se passe », répond Marie-Thérèse Michaud. « Nous sommes très à cheval sur la confidentialité. Il y a un protocole strict à suivre. Et que les ambassadeurs se rassurent : même s’ils n’ont pas vent de la suite, il y a toujours quelque chose qui est fait pour résoudre le problème.»
Sensibiliser dès l’école primaire
Les ambassadeurs interviennent également dans les classes de CM2. Les enseignants du primaire apprécient particulièrement cette démarche. « Des enfants parlent à d’autres enfants. Une approche souvent mieux reçue », explique Karine Lelièvre, directrice adjointe de la Section d’enseignement Général et Professionnel Adapté (SEGPA). Lors de ces interventions, les ambassadeurs font notamment la différence entre la « blague moqueuse » et le harcèlement. « Le harcèlement, ce sont des mauvais actes répétés », explique Eva. « S’il dit qu’untel a un gros nez tous les jours, c’est du harcèlement. S’il le dit qu’une fois, c’est une moquerie. »
Pour illustrer l’impact des mots, les collégiens réalisent un exercice : une feuille est chiffonnée à chaque remarque méchante, puis lissée lorsque les paroles deviennent positives. « Mais même en lissant la feuille, elle garde des marques. Ça ne va jamais s’enlever de sa tête », conclut Salma, ambassadrice.
Une mobilisation qui porte ses fruits
Depuis 4 ans, le collège Le Cèdre participe au programme PHARE et possède aujourd’hui le niveau 2 du label. « Tous les enseignants ont été formés à la lutte contre le harcèlement et le nombre d’ambassadeurs augmente chaque année », précise Marie-Thérèse Michaud.
Aujourd’hui, le pourcentage d’élève harcelé diminue. « On en a jusqu’à sept fois moins que les précédentes années », se félicite Marie-Thérèse Michaud. « C’est positif, cela signifie que nos actions portent leurs fruits. »
Pour les victimes de harcèlement, un numéro : 30 18